Christophe Février : La clé de la réussite et de la compétitivité des PMI

Good Morning Business, Christophe Février interviewé par Stéphane Soumier sur BFM Business

Stéphane Soumier : Christophe Février est avec nous, Bonjour Christophe Février. Entrepreneur industriel, dites donc ! Alors le problème c’est qu’on n’aura pas le temps d’en parler mais j’ai envie de parler une heure avec vous, parce que vous êtes entrepreneur industriel, après avoir été permanent syndical à la CFDT ?

Christophe Février :  Oui enfin ça c’est ma vieille histoire, oui

Stéphane Soumier : Ben oui, mais quand même ! Ça m’intéresse moi.

Ch. Février :  Euh… Ben j’ai d’abord été ouvrier

Stéphane Soumier : Ouai

Ch. Février :  Et donc en tant qu’ouvrier j’ai été détecté par le syndicat, et puis ça m’a intéressé. Moi je suis un curieux. Et de dossier en dossier, donc j’ai été amené aux fédérations à Paris, à l’époque c’était Nicole Notat, il y avait un objectif de syndicalisme d’adhérents. Ils voulaient rajeunir l’effectif, et donc je me suis retrouvé propulsé à Paris aux fédérations, j’avais 23 ans, et c’est une belle expérience. Je suis resté 18 mois.

Stéphane Soumier : 18 mois ça va. Vite fait, vous avez fait le tour, mais c’est quoi ? En rentrant dans les boîtes, en rentrant dans les entreprises… mais c’est ça que j’ai envie de faire ? J’ai envie de diriger des… J’ai envie de diriger des usines ?  Parce que maintenant vous êtes entrepreneur industriel, comment on passe de l’un à l’autre ? C’est le fait d’aller se promener, d’aller justement voir en vrai comment ça se passait ?

Ch. :  J’ai une vraie passion d’entreprise, et que ce soit cette première expérience et les suivantes hein ? Parce que moi j’ai créé ma première société, j’avais 24 ans, et depuis 21 ans je n’ai jamais cessé d’entreprendre. Donc j’ai une vraie curiosité, un vrai intérêt pour l’entreprise et le projet industriel.

Stéphane Soumier : Donc là à l’arrivée, vous en avez 45 aujourd’hui, et vous êtes à la tête d’un groupe qui fait 74 millions d’euros et on va rentrer dans le dur. Ce qui nous intéresse c’est que vous avez, alors elles s’appellent : Valentin, Leroy Industries et Tecsom ? C’est ça ?

Ch. Février :  Oui c’est la dernière acquisition.

Stéphane Soumier : Trois… Alors des PMI, je pensais même que ça avait disparu moi pour tout vous dire, Petites et Moyennes Industries, Entreprises industrielles ! C’est quoi la clé du succès et de la compétitivité ? Parce qu’industriel, quand on fait… elles font combien, 10, 15 millions d’euros de chiffres d’affaires vos entreprises,

Ch. Février :  De cet ordre ouai.

Stéphane Soumier : De cet ordre… C’est quoi les clés aujourd’hui ?

Christophe Février :  Les clés, c’est du bon sens. C’est-à-dire qu’on est dans une…

Stéphane Soumier : Ahhhh… Vous êtes sûr de cette réponse-là ?

Ch. Février :  Oui

Stéphane Soumier : Bon alors élaborez alors.

Ch. Février :  C’est du bon sens parce que c’est une bonne analyse de la part de la valeur ajoutée qui peut vous revenir, et c’est une bonne compréhension du modèle économique que vous pouvez adopter sur cette part de valeur ajoutée. On n’accède pas au marché financier, à ce niveau d’entreprise…

Stéphane Soumier : Voilà

Christophe Février :  On a des contraintes sociales qui sont importantes, on n’arrive pas à lisser sur un volume de business des charges récurrentes, donc il faut arriver à se glisser

Stéphane Soumier : On a des banques, qui quand vous poussez la porte, « Industries », mais elle se referme quasiment automatiquement non ? Aujourd’hui ?

Ch. Février :  Ah mais c’est même pire que ça, c’est qu’aujourd’hui avec Bâle II.

Stéphane Soumier : Vous ne pouvez même pas pousser la porte…

Ch. Février :  Si vous êtes transporteur routier, même si vous êtes sur une niche, un métier de spécialités, on ne va pas vous prêter de l’argent parce que vous êtes transporteur. C’est-à-dire qu’aujourd’hui les banques, aujourd’hui elles vous ferment les portes. Ils ont retiré le tapis, clairement aujourd’hui.

Stéphane Soumier : Ben alors ?

Ch. Février :  Il n’y a pas d’offres. Eh ben on… Moi ça fait 21 ans par exemple, je n’ai jamais redistribué un euro de dividende, j’ai toujours tout remis dans l’entreprise année après année. C’était un travail, c’est un travail de 21 ans pour acquérir progressivement les usines, les machines. C’est-à-dire que moi je travaille dans l’autofinancement. Ça a été il y a dix ans une stratégie qui a visé le fait de…

Stéphane Soumier : Alors prenons… Laquelle travaille dans le bois par exemple, de ces trois-là, entre Valentin, Leroy et Tecsom ?

Ch. Février :  C’est Leroy

Stéphane Soumier : C’est Leroy. Bon. Moi je veux bien en travaillant en autofinancement, à un moment il faut des machines et puis des sacrées machines

Ch. Février :  Ouai

Stéphane Soumier : Pour traiter le peuplier, c’est le peuplier hein c’est ça ?

Ch. Février :  On est dérouleur de peuplier oui.

Stéphane Soumier : Enfin… Il faut aller le trouver l’argent quand même. Comment à ce moment-là, on arrive à travailler en autofinancement pour investir sur ces machines-là ?

Christophe Février :  Alors cette entreprise, Leroy, moi je l’ai rachetée à la barre du tribunal. Et donc c’est un outil industriel dont j’ai hérité, qui est une lointaine…

Stéphane Soumier : Il était là l’outil industriel en fait ?

Christophe Février :  Il était… Alors il était là, et il est au pied de la forêt. Et pour reprendre l’affaire de Leroy, elle est très simple. Moi j’ai du bois qui rentre dans la cour entre 80 et 85€ la tonne, et c’est du bois que je vais valoriser autour de 300€ le mètre cube. Au milieu il faut que je fasse ma marge, sachant que sur du peuplier je vais perdre 60% d’eau, que je vais avoir des chutes, et que… l’intérêt dans ces dossiers c’est que mes compétiteurs ils sont, pour certains dans l’ouest de la France, mais essentiellement en Italie et en Espagne. Et les mêmes qui vont travailler les mêmes bois, le même bois qui va arriver de France, parce que la qualité des bois elle est en Champagne-Ardenne et dans l’Est de la France, il va leur arriver à 145, 150€. Et il faut que j’arrive sur cette marge-là…

Stéphane Soumier : Et vous combien, rappelez-nous combien c’était ?

Ch. Février :  80

Stéphane Soumier : 80 d’accord.

Ch. Février :  Parce que le transport ! Parce que quand vous transportez du bois

Stéphane Soumier : Oui mais bien sûr, bien sûr.

Ch. Février :  Voilà. C’est un métier, le déroulage, la première transformation de bois

Stéphane Soumier : Donc vous avez 70€ d’avance et toute l’idée c’est de ne pas les perdre dans l’ensemble du processus industriel.

Ch. Février :  Absolument. Et moi ensuite je vends des feuilles, et des feuilles ça se transporte beaucoup mieux. Entre… Il faut 10 camions de grumes, d’arbres, pour faire un camion de panneaux. Et sur un premier transport, le poids du transport c’est colossal. Et plus on va se rapprocher du produit final, plus on va être en compétition avec l’export, avec voilà.

Stéphane Soumier : Donc l’idée de l’industrie finalement, et j’en reviens finalement à votre réponse « le bon sens », c’est OK j’ai la forêt, j’ai le bois, qu’est-ce qui va me permettre de dégager de la marge ?

Ch. Février :  Oui

Stéphane Soumier : Et là je cherche.

Christophe Février :  C’est que ça.

Stéphane Soumier : C’est que ça…

Ch. Février :  Et de la longueur de vue, parce que l’industrie c’est au final, sur une entreprise comme Leroy, c’est des rentas entre 4 et 6%, donc c’est… C’est très… Vous êtes très, très proche de l’erreur. Mais à l’inverse, si vous êtes bons, si vous êtes capables d’industrialiser, d’augmenter les volumes, de massifier, dans la durée vous pouvez y arriver.

Stéphane Soumier : Et ce dont on parle à longueur de journée, le coût du travail, les charges, les 35heures, l’ensemble des poids qui pèsent sur l’industrie française, vous le mettez où ça, aujourd’hui ?

Ch. Février :  Alors ça dépend l’ambition qu’on veut donner à l’industrie française.

Stéphane Soumier : Non mais je comprends, c’est un détail pour vous finalement, ces histoires-là ?

Ch. Février :  Alors c’est un détail, alors à la fois les lourdeurs… C’est plus les lourdeurs administratives que le coût du travail qui me pose problème. Moi je n’ai pas de soucis, au contraire j’aimerai payer les gens plus cher, et ils dépenseraient mieux et plus. C’était la technique Ford. Aujourd’hui le problème c’est…

Stéphane Soumier : Ils achèteraient vos panneaux de peupliers ?

Ch. Février :  Ben ils achèteraient… Non, ils déménageraient. Ils s’agrandiraient, voilà. Ils prendraient une chambre de plus parce qu’ils font un enfant de plus, et donc ils feraient marcher le commerce. Il faut libéraliser l’économie.

Stéphane Soumier : Mais vous disiez, complexités administratives ?

Ch. Février :  Ah ben je crois que la France elle a… Il faut qu’elle adopte un jour l’économie de marché ouai, ça ira mieux.

Stéphane Soumier : Et c’est pas le cas ? Par exemple sur la forêt ? Parce qu’à chaque fois, enfin c’est un mystère… Ça va être une journée internationale des forêts… ?

Ch. Février :  Ouai

Stéphane Soumier : C’est ça ?

Ch. Février :  Ouai

Stéphane Soumier : On a la première forêt d’Europe c’est ça ? Mes cours de géographie, ils sont un peu vieux, mais…

Ch. Février :  On a la 4ème forêt d’Europe

Stéphane Soumier : 4ème ?

Ch. Février :  Mais on a la première quantité de bois sur pieds.

Stéphane Soumier : C’est la première fois que je reçois un entrepreneur qui travaille la forêt.

Ch. Février :  Ouai

Stéphane Soumier : Ça pose quand même un problème. Ça veut dire qu’on ne me parle pas de préservation, d’artisanat… Non, non on est sur de l’industrie, de la vraie industrie…

Ch. Février :  Et de l’emploi !

Stéphane Soumier : qui cherche à tirer de la valeur de…

Ch. Février :  Et de la richesse

Stéphane Soumier : Mais parce qu’elle est impossible à exploiter cette forêt ? Elle est corsetée dans des règlements qui rendent les choses très compliquées ?

Ch. Février :  Alors la forêt française est une forêt de diversité, quelque part d’agrément. Et elle est très largement publique. Et au-delà de ça, pour ce qui est de la forêt privée, 75%, elle est morcelée. Aujourd’hui, la détention de forêt individuelle, c’est 3 millions et demi de propriétaires. On soupçonne qu’il y a 15 à 20% de propriétaires de forêt qui ne sont pas au courant qu’ils ont de la forêt, parce que ce sont de vieux héritages.

Stéphane Soumier : Ahhhhh

Ch. Février :  Il y a 3 millions et demi de propriétaires, ça veut dire qu’en moyenne ils ont 1,8 hectare, c’est nul. On ne peut pas industrialiser, on ne peut pas faire un process. Donc ça c’est la vraie difficulté. Il faut savoir que…

Stéphane Soumier : Sacrée matière première quand même qu’on a entre nos mains, dont il faudrait s’occuper peut-être. C’est ça.

Ch. Février :  La filière bois, c’est 30%, plus de 30% du déficit commercial de la France, hors énergie. La forêt et toute la chaîne d’exploitation forestière, demain, en 5 ou 10 ans, c’est 250 à 450 mille emplois à créer. Ce sont des vrais chiffres puisque les Allemands avec une forêt plus petite, mieux organisée, ils ont 900 000 employés. C’est des emplois ruraux, on parle de désertification, on parle de fixer des emplois localement. Ben rien ne bouge, ça cause ! Parce que personne n’y a réellement un intérêt, il faut se botter un peu les fesses.

Stéphane Soumier : Bon ben voilà. Laissons de côté le coût du travail et redécouvrons le bon sens, et il n’y a aucune raison de condamner l’industrie nationale, hein ?

Ch. Février :  Non, et la valeur ajoutée

Stéphane Soumier : Et la valeur ajoutée. Merci beaucoup, Christophe Février

Ch. Février :  Je vous en prie

Stéphane Soumier : On pourrait parler des heures, j’en suis désolé mais voilà, il y a un espèce de temps médiatique, à chaque fois je butte comme ça sur des entretiens à ce point intéressants. Merci infiniment d’être venu nous voir ce matin Christophe Février.

Stéphane Soumier : Christophe Février donc, c’est quoi le nom du groupe ? Parce qu’on a cité les boîtes mais il n’y a pas de noms ?

Ch. Février :  G Groupe X

Stéphane Soumier : G Groupe X. Merci beaucoup d’être venu nous voir ce matin.

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